Déplacées à la suite des tueries survenues dans la zone de Ngadi, en ville de Beni, au Nord-Kivu, des familles pygmées hébergées chez une autorité coutumière locale ne sont toujours pas retournées dans leur camp. Confrontées à des conditions de vie précaires, elles multiplient les initiatives de résilience, notamment à travers l’apprentissage des métiers et les activités génératrices de revenus. Ces déplacés plaident toutefois pour le rétablissement de la sécurité dans leur milieu d’origine.
Malgré les initiatives entreprises pour faire face à leur situation, les familles pygmées déplacées du camp de Ngadi vivent toujours dans des conditions sociales difficiles. Hébergées dans la cour du chef coutumier du village Bapakombe, elles expriment leur inquiétude face à l’insécurité persistante et réclament le rétablissement de l’autorité de l’État dans leurs entités.
Marie Adonita et Simoni Mulemba, membres de la communauté pygmée, souhaitent regagner leur milieu d’origine, mais conditionnent leur retour au rétablissement d’une paix durable. « Nous n’attendons que le retour de la paix dans notre site pour pouvoir y retourner. Les massacres nous ont profondément désolés. Nous ne comprenons même pas pourquoi nous sommes victimes de ces violences. Les Pygmées, les Nande, mais aussi les militaires sont tués. Nous nous demandons ce qui se passe réellement », témoignent-elles.
L’apprentissage des métiers pour renforcer l’autonomie
Face à cette situation, le chef du village Bapakombe, Mwami Atshu Taibo Alphonse, qui accueille ces familles déplacées, a mis en place plusieurs initiatives visant à favoriser leur autonomisation et leur réinsertion sociale. Au-delà de l’hébergement, cette autorité coutumière encourage l’apprentissage de différents métiers et le développement de petites activités génératrices de revenus, afin de permettre à ces familles de subvenir progressivement à leurs besoins en attendant leur retour. « Nous avons organisé des formations en fabrication de perles, de bracelets, de chaînettes et de paniers en perles. Nous envisageons également des formations en coupe et couture, en tressage des cheveux ainsi qu’en coiffure pour hommes », explique Mwami Atshu Taibo Alphonse.
Un plaidoyer pour un retour digne et sécurisé
De son côté, le chef du quartier Ngadi, Bukali Kima Mike, annonce des réunions stratégiques en vue de préparer le retour de ces familles pygmées dans leur camp, dans des conditions de sécurité et de dignité. Il reconnaît toutefois la précarité dans laquelle vivent ces déplacés et insiste sur la nécessité de sécuriser leur milieu d’origine avant d’envisager leur retour. « Ils vivent dans des conditions misérables. À travers leurs plaidoyers, ils m’ont fait savoir qu’il faut d’abord sécuriser leur site avant leur retour », indique-t-il.
En attendant l’amélioration de la situation sécuritaire, les familles pygmées déplacées de Ngadi continuent de s’appuyer sur l’apprentissage des métiers et les petites activités génératrices de revenus pour répondre à leurs besoins essentiels. Elles espèrent ainsi retrouver un jour leur milieu naturel et reprendre une vie normale, loin des violences qui les ont contraintes à l’exil.
Cet article est réalisé dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des journalistes et des médias du Nord-Kivu sur le journalisme de paix pour la cohésion sociale ». Ce projet est exécuté par l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), section du Nord-Kivu, avec l’appui de la Direction du développement et de la coopération (DDC Suisse). À travers cette initiative, l’UNPC Nord-Kivu entend renforcer le rôle des médias afin qu’ils deviennent de véritables acteurs de la promotion de la paix et de la cohésion sociale.